(Victor Hugo)
III / Une douloureuse épreuve
Le lendemain à l’aube, mon entraînement débuta et bien que je fus loin d’être douée, sept jours plus tard je maîtrisais assez correctement ma mana et mon arme.
Le huitième jour, Duesten me convoqua devant l’église.
- Chrysanthème votre première épreuve sera de retrouver Samuel Fipps. Ce dernier a été aperçu près de la mine désaffectée au nord-ouest du Glas. Samuel a succombé au Fléau il y a bien longtemps. Marla, sa femme qui fut tuée par Samuel privé de raison, avait émis un dernier souhait. Elle voulait que son bien-aimé, Samuel, soit enterré avec elle. Vous devez ramener le cadavre de Fipps afin qu’il retrouve la paix. Faites attention, vous ne possédez que quelques sorts de base donc pas d’imprudence. Bon …il est l’heure de partir, que la lumière vous protège.
Depuis quelque temps Duesten était de plus en plus froid, son ton s’était endurci. Mais peu importe si cela pouvait me rendre plus forte, alors qu’il en soit ainsi. Je devais me rendre dans cette mine, je ne connaissais pas mon adversaire, ni les dangers d’une telle aventure, en plus, du fait que là bas je serai seule. Je ne voulais pas mourir, enfin pas encore une fois, je devais y arriver coûte que coûte.
Après avoir préparé mon paquetage, qui se composait de quelques bandages, d’une carte, d’un parchemin me décrivant ma cible et de victuailles, je me mis en route en direction de la chapelle.
Prés de celle-ci, se trouvait le chemin qui me conduirait vers ma nouvelle destination. Ce chemin ne devait plus servir depuis longtemps, l’herbe commençait à repousser entre les pavés, signe que les passages n’étaient plus fréquents. La sinueuse voie s’enfonçait dans les bois qui entouraient le Glas. J’étais terrifiée à l’idée de faire une mauvaise rencontre. J’avançais avec prudence sans faire le moindre bruit, chose qui n’était pas aisée avec les envahissantes feuilles mortes qui recouvraient certaines parcelles de la route. Le craquement des arbres ainsi que le vrombissement du vent s’engouffrant entre les branches rendaient l’ambiance oppressante. Leur symphonie étourdissante me glaçait le sang.
Alors que je m’enfonçais dans le sous-bois, au détour d’un arbre, le craquement d’une branche fit arrêtée mon cœur de battre. Le bruit venait d’un buisson de ronces en contrebas. J’étais tétanisée à l’idée de tomber sur une horrible créature, mes yeux virevoltaient dans tous les sens, cherchant la cause de ce bruit. Les ronces se mirent à bouger, un craquement se fit de nouveau entendre et avec horreur je vis la tête d’un être monstrueux sortir d’entre les feuilles. J’étais là pour terrasser un mort revenu du mauvais coté de la vie, mais au moment où ses yeux sans vie allaient s’abattre sur moi, une seule idée me vint à l’esprit. Fuir le plus vite et le plus loin possible. Malheureusement, en reculant, mon pied se prit entre les racines d’un arbre et en un instant mon corps vacilla en arrière. Mon postérieur fut le premier à toucher le sol, suivit aussitôt de ma tête qui le percuta violemment. Je ne ressentais pas la douleur mais je ne sais pour quelle raison, au moment où mon crâne percuta la terre, je poussai un léger cri à peine audible. Déboussolée par ma cascade, je relevai la tête pour voir si l’affreux zombie avait entendu ma chute. Apparemment non, il me tournait le dos sans bouger. Soulagée, je m’empressai de dégager ma jambe, quand soudain le même craquement qu’avait émis l’affreux par deux fois, raisonna au dessus de ma tête.
Je me dis en chuchotant : « Calme toi ! Ce n’est qu’une branche, rien de plus. » Hélas pour moi, le liquide gluant qui coulait sur mes cheveux me fit vite comprendre que ce bruit n’avait rien d’anodin. Une chose tomba à terre derrière moi, puis suivant l’inclinaison de la pente, elle se dirigea vers mon bras gauche. J’aperçus alors le cadavre d’une araignée dont les pattes portaient des marques de morsures. Je savais dès à présent d’où provenaient les craquements que j’avais perçu à plusieurs reprises.
L’individu qui me surplombait, se pencha pour me renifler, son souffle haletant se fit plus rapide, sa langue émettait de petits clapotis en claquant contre les parois de sa bouche. Je le sentais déglutir, raclant sa gorge m’indiquant sa forte envie de faire de moi son prochain repas. Je n’osais me retourner.
Que faire mourir ainsi ou combattre ?. Je n’avais vraiment pas le choix. Il fallait que j’incante un sort. Dans mon état, un duel au bâton serait perdu d’avance avec un de mes membres inférieurs bloqué. J’optai pour le « Le châtiment de lumière », mon seul sort d’attaque qui avait 100% de réussite et dont l’incantation se faisait rapidement. Ce dernier, fait d’énergie de lumière avait pour but de trancher la chair. Alors que je prononçai l’incantation tout en faisant volte face, je fus prise de stupeur face au spectacle horrifiant que m’offrait l’ancien humain.
La fine couche de peau de couleur verdâtre de son visage ne cachait presque plus ses muscles ainsi que son ossature. Le revenant avait été dépourvu de ses yeux laissant place à deux trous béants. Ses yeux n’étaient pas les seuls à ne plus être là, ses lèvres et ses joues aussi avaient disparu laissant ses dents fourchues à découvert. Juste derrière, sa langue violacée, dégoulinante de bave parcourait de long en large sa mâchoire, sortant à chaque va-et-vient des trous, dû à l’absence de ses joues. Son corps squelettique portait de nombreuses balafres et coupures, dont une qui laissait entrevoir ses entrailles. Ces membres supérieurs et inférieurs se terminaient par des griffes acérées.
Alors que je l’observais sans pouvoir me défendre, l’hideuse créature releva la tête pour passer à l’action. Il allait m’attaquer, en m’assénant un coup mortel. Sûrement m’attaquerait-il à la gorge comme un animal.
Les yeux écarquillaient, je le vis porter son coup, mais au moment de l’impact, une énorme bête encore plus féroce se jeta sur lui. Les deux corps valsèrent dans les airs pour s’écraser non loin de moi. Un loup venait de me sauver la vie, la bête mordait l’abomination à la gorge. Il le croquait de toutes ses forces en bougeant, rapidement et plusieurs fois, la tête de gauche à droite pour arracher la chair qu’il avait agrippé entre ses crocs. Le zombie tenta vainement de s’en sortir mais il avait le nombre contre lui, le reste de la meute les avait rejoint et ensemble il eurent vite raison de lui.
Je dégageai ma jambe mais dans la précipitation, le bruit alerta la troupe affamée. Prise de panique, je me mis à courir en direction du bosquet en contrebas. Alors que j’arrivai à la hauteur du buisson, le cadavre, qui y avait élu domicile, se releva tout en mastiquant la patte d’un arachnide. J’étais prise en sandwich. Le mâle dominant arrivait presque à ma hauteur. L’impressionnante bête au pelage gris montrait ses dents affûtées, tels des poignards, tout en grognant. Je fis un pas sur ma gauche pour contourner le zombie mais ce dernier m’imita.
Par chance, mon pied buta contre une planche en bois. A deux pas de moi se trouvait une crevasse recouverte de planches qui avaient fait leur temps. Je devais courir vers cette direction. N’étant pas si lourdes, les planches ne devraient pas résister, ce qui ne serait pas le cas pour les deux autres.
Sans hésiter, je courus le plus vite possible en direction du trou. Le loup, pris au dépourvu, tenta de suivre mon mouvement mais son arrière-train dérapa et télescopa le mort-vivant. Ce dernier se retrouva au sol et le canidé continua sa course. C’était un plan génial sauf que je n’avais pas pris en compte que le loup courait bien plus vite que moi. Arrivée sur la crevasse, une masse énorme me percuta le dos. L’animal avait bondi sur moi, mordant à pleine dent mon épaule droite. Notre poids fit s’effondré la structure en bois, nous projetant dans le vide.
A mon réveil, je me trouvais dans une galerie sombre, la seule lumière provenait de l’endroit d’où je venais. Ironie du sort, le pauvre loup venait de me sauver encore une fois la vie. L’animal avait amorti ma chute, par contre ceci lui avait coûté la sienne. Heureuse de ce coup du sort, je scrutai les environs pour me faire une idée de la situation. Je devais me trouver dans une des galeries de l’ancienne mine. A défaut d’avoir trouvé son entrée, j’avais au moins réussi à y pénétrer tant bien que mal. Pour l’instant, le plus important avant de continuer mon expédition était de me remettre sur pied. L’état de mon épaule, suite à la morsure, était critique. La plaie saignait abondement, de plus, ma clavicule était déboîtée, rendant l’usage de mon bras impossible. Le loup, dans la chute, m’avait également lacéré le dos avec ses pattes. Quant à mon tibia, il avait dû se briser lors de l’atterrissage. Pour une fois, j’étais ravie d’être morte car dans un tel état, je n’imaginai pas les atroces souffrances que je ressentirai.
- Bon, résumons la situation. Me dis-je à voix haute.
- Je ne peux pas continuer comme ça, de plus, l’utilisation de bandages sur de telles plaies ne rimerait à rien. Non, seule la magie peut m’aider. Je connais bien un sort de soin, mais me raboter entièrement va me coûter pas mal d’énergie magique, et j’en ai besoin pour me sortir de là et tuer Samuel.
Soudain un souvenir me revint en tête, Duesten m’avait expliqué qu’il y avait deux façons de récupérer sa mana : le repos et la nourriture. Un mort-vivant n’a pas vraiment besoin de se nourrir. Mourir de faim pour un mort serait ridicule mais la nourriture continuait cependant à jouer un rôle important. Quatre jours après ma résurrection, alors que je passais devant un champ de potirons, proche de l’entrée du Glas, l’envie d’y goûter me prit. Je n’avais pourtant aucune sensation de faim, mais ce jour-là, j’avais mangé pour deux. Depuis ce moment, je mangeais à chaque repas. Je ne ressentais pas le tiraillement de la faim ni les ballonnements d’un ventre repu mais je continuais à me nourrir. Il était difficile de faire disparaître plus d’une vingtaine d’années d’habitudes en quelques jours et cela m’avait plutôt bien profité. Plus j’emmagasinais de vivres, plus mon corps retrouvait un second souffle. Les aliments me redonnaient de l’énergie. Je ne savais comment expliquer cela mais mes mouvements étaient plus fluides, les craquements de mon cartilage à chacun de mes gestes se faisaient plus rare, mon corps était plus léger. Une nouvelle vie habitait mon corps, se servant de mes organes, mes veines, et même de mes os pour se propageait dans les moindres parties de mon être. Et grâce à cela, aujourd’hui, j'allais pouvoir récupérer un peu de force magique.
- Allons ! Assez cogité, mettons-nous au travail.
Après une vingtaine de minutes passaient à incanter divers sorts de soins, à reprendre des forces à l’aide de quelques petits pains et de deux trois gorgées d’eau tiède, je me remis en route pour trouver la sortie, ainsi que l’amant maudit.
- Je dois être à une dizaine de mètres de la surface. Ne pouvant pas remonter par là, il ne me reste plus qu’à choisir une direction.
Deux choix s’offraient à moi, dans un pur hasard, je décidai de prendre le chemin de droite. Ayant au préalable, allumer la torche contenue dans mon sac j’arpentai la galerie pendant un long moment.


