La vieillesse  (Art-dessin) posté le samedi 02 décembre 2006 00:44

Blog de dragons :Les chroniques d'un rêveur, La vieillesse
Il y a on ne sait quelle aurore dans une vieillesse épanouie.
(Victor Hugo)
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Suite Chrysantheme  (Chrysanthème) posté le vendredi 01 décembre 2006 16:01

III / Une douloureuse épreuve

 

Le lendemain à l’aube, mon entraînement débuta et bien que je fus loin d’être douée, sept jours plus tard je maîtrisais assez correctement ma mana et mon arme.

Le huitième jour, Duesten me convoqua devant l’église.

 

- Chrysanthème votre première épreuve sera de retrouver Samuel Fipps. Ce dernier a été aperçu près de la mine désaffectée au nord-ouest du Glas. Samuel a succombé au Fléau il y a bien longtemps. Marla, sa femme qui fut tuée par Samuel privé de raison, avait émis un dernier souhait. Elle voulait que son bien-aimé, Samuel, soit enterré avec elle. Vous devez ramener le cadavre de Fipps afin qu’il retrouve la paix. Faites attention, vous ne possédez que quelques sorts de base donc pas d’imprudence. Bon …il est l’heure de partir, que la lumière vous protège.

 

Depuis quelque temps Duesten était de plus en plus froid, son ton s’était endurci. Mais peu importe si cela pouvait me rendre plus forte, alors qu’il en soit ainsi. Je devais me rendre dans cette mine, je ne connaissais pas mon adversaire, ni les dangers d’une telle aventure, en plus, du fait que là bas je serai seule. Je ne voulais pas mourir, enfin pas encore une fois, je devais y arriver coûte que coûte.

 

Après avoir préparé mon paquetage, qui se composait de quelques bandages, d’une carte, d’un parchemin me décrivant ma cible et de victuailles, je me mis en route en direction de la chapelle.

 

Prés de celle-ci, se trouvait le chemin qui me conduirait vers ma nouvelle destination. Ce chemin ne devait plus servir depuis longtemps, l’herbe commençait à repousser entre les pavés, signe que les passages n’étaient plus fréquents. La sinueuse voie s’enfonçait dans les bois qui entouraient le Glas. J’étais terrifiée à l’idée de faire une mauvaise rencontre. J’avançais avec prudence sans faire le moindre bruit, chose qui n’était pas aisée avec les envahissantes feuilles mortes qui recouvraient certaines parcelles de la route. Le craquement des arbres ainsi que le vrombissement du vent s’engouffrant entre les branches rendaient l’ambiance oppressante. Leur symphonie étourdissante me glaçait le sang.

 

Alors que je m’enfonçais dans le sous-bois, au détour d’un arbre, le craquement d’une branche fit arrêtée mon cœur de battre. Le bruit venait d’un buisson de ronces en contrebas. J’étais tétanisée à l’idée de tomber sur une horrible créature, mes yeux virevoltaient dans tous les sens, cherchant la cause de ce bruit. Les ronces se mirent à bouger, un craquement se fit de nouveau entendre et avec horreur je vis la tête d’un être monstrueux sortir d’entre les feuilles. J’étais là pour terrasser un mort revenu du mauvais coté de la vie, mais au moment où ses yeux sans vie allaient s’abattre sur moi, une seule idée me vint à l’esprit. Fuir le plus vite et le plus loin possible. Malheureusement, en reculant, mon pied se prit entre les racines d’un arbre et en un instant mon corps vacilla en arrière. Mon postérieur fut le premier à toucher le sol, suivit aussitôt de ma tête qui le percuta violemment. Je ne ressentais pas la douleur mais je ne sais pour quelle raison, au moment où mon crâne percuta la terre, je poussai un léger cri à peine audible. Déboussolée par ma cascade, je relevai la tête pour voir si l’affreux zombie avait entendu ma chute. Apparemment non, il me tournait le dos sans bouger. Soulagée, je m’empressai de dégager ma jambe, quand soudain le même craquement qu’avait émis l’affreux par deux fois, raisonna au dessus de ma tête.

Je me dis en chuchotant : « Calme toi ! Ce n’est qu’une branche, rien de plus. » Hélas pour moi, le liquide gluant qui coulait sur mes cheveux me fit vite comprendre que ce bruit n’avait rien d’anodin. Une chose tomba à terre derrière moi, puis suivant l’inclinaison de la pente, elle se dirigea vers mon bras gauche. J’aperçus alors le cadavre d’une araignée dont les pattes portaient des marques de morsures. Je savais dès à présent d’où provenaient les craquements que j’avais perçu à plusieurs reprises.

 

L’individu qui me surplombait, se pencha pour me renifler, son souffle haletant se fit plus rapide, sa langue émettait de petits clapotis en claquant contre les parois de sa bouche. Je le sentais déglutir, raclant sa gorge m’indiquant sa forte envie de faire de moi son prochain repas. Je n’osais me retourner.

 

Que faire mourir ainsi ou combattre ?. Je n’avais vraiment pas le choix. Il fallait que j’incante un sort. Dans mon état, un duel au bâton serait perdu d’avance avec un de mes membres inférieurs bloqué. J’optai pour le « Le châtiment de lumière », mon seul sort d’attaque qui avait 100% de réussite et dont l’incantation se faisait rapidement. Ce dernier, fait d’énergie de lumière avait pour but de trancher la chair. Alors que je prononçai l’incantation tout en faisant volte face, je fus prise de stupeur face au spectacle horrifiant que m’offrait l’ancien humain.

 

La fine couche de peau de couleur verdâtre de son visage ne cachait presque plus ses muscles ainsi que son ossature. Le revenant avait été dépourvu de ses yeux laissant place à deux trous béants. Ses yeux n’étaient pas les seuls à ne plus être là, ses lèvres et ses joues aussi avaient disparu laissant ses dents fourchues à découvert. Juste derrière, sa langue violacée, dégoulinante de bave parcourait de long en large sa mâchoire, sortant à chaque va-et-vient des trous, dû à l’absence de ses joues. Son corps squelettique portait de nombreuses balafres et coupures, dont une qui laissait entrevoir ses entrailles. Ces membres supérieurs et inférieurs se terminaient par des griffes acérées.

 

Alors que je l’observais sans pouvoir me défendre, l’hideuse créature releva la tête pour passer à l’action. Il allait m’attaquer, en m’assénant un coup mortel. Sûrement m’attaquerait-il à la gorge comme un animal.

 

Les yeux écarquillaient, je le vis porter son coup, mais au moment de l’impact, une énorme bête encore plus féroce se jeta sur lui. Les deux corps valsèrent dans les airs pour s’écraser non loin de moi. Un loup venait de me sauver la vie, la bête mordait l’abomination à la gorge. Il le croquait de toutes ses forces en bougeant, rapidement et plusieurs fois, la tête de gauche à droite pour arracher la chair qu’il avait agrippé entre ses crocs. Le zombie tenta vainement de s’en sortir mais il avait le nombre contre lui, le reste de la meute les avait rejoint et ensemble il eurent vite raison de lui.

 

Je dégageai ma jambe mais dans la précipitation, le bruit alerta la troupe affamée. Prise de panique, je me mis à courir en direction du bosquet en contrebas. Alors que j’arrivai à la hauteur du buisson, le cadavre, qui y avait élu domicile, se releva tout en mastiquant la patte d’un arachnide. J’étais prise en sandwich. Le mâle dominant arrivait presque à ma hauteur. L’impressionnante bête au pelage gris montrait ses dents affûtées, tels des poignards, tout en  grognant. Je fis un pas sur ma gauche pour contourner le zombie mais ce dernier m’imita.

 

Par chance, mon pied buta contre une planche en bois. A deux pas de moi se trouvait une crevasse recouverte de planches qui avaient fait leur temps. Je devais courir vers cette direction. N’étant pas si lourdes, les planches ne devraient pas résister, ce qui ne serait pas le cas pour les deux autres.

 

Sans hésiter, je courus le plus vite possible en direction du trou. Le loup, pris au dépourvu, tenta de suivre mon mouvement mais son arrière-train dérapa et télescopa le mort-vivant. Ce dernier se retrouva au sol et le canidé continua sa course. C’était un plan génial sauf que je n’avais pas pris en compte que le loup courait bien plus vite que moi. Arrivée sur la crevasse, une masse énorme me percuta le dos. L’animal avait bondi sur moi, mordant à pleine        dent mon épaule droite. Notre poids fit s’effondré la structure en bois, nous projetant dans le vide.

 

 

A mon réveil, je me trouvais dans une galerie sombre, la seule lumière provenait de l’endroit d’où je venais. Ironie du sort, le pauvre loup venait de me sauver encore une fois la vie. L’animal avait amorti ma chute, par contre ceci lui avait coûté la sienne. Heureuse de ce coup du sort, je scrutai les environs pour me faire une idée de la situation. Je devais me trouver dans une des galeries de l’ancienne mine. A défaut d’avoir trouvé son entrée, j’avais au moins réussi à y pénétrer tant bien que mal. Pour l’instant, le plus important avant de continuer mon expédition était de me remettre sur pied. L’état de mon épaule, suite à la morsure, était critique. La plaie saignait abondement, de plus, ma clavicule était déboîtée, rendant l’usage de mon bras impossible. Le loup, dans la chute, m’avait également lacéré le dos avec ses pattes. Quant à mon tibia, il avait dû se briser lors de l’atterrissage. Pour une fois, j’étais ravie d’être morte car dans un tel état, je n’imaginai pas les atroces souffrances que je ressentirai.

 

-  Bon, résumons la situation.  Me dis-je à voix haute.  

-  Je ne peux pas continuer comme ça, de plus, l’utilisation de bandages sur de telles plaies ne rimerait à rien. Non, seule la magie peut m’aider. Je connais bien un sort de soin, mais me raboter entièrement va me coûter pas mal d’énergie magique, et j’en ai besoin pour me sortir de là et tuer Samuel.

 

Soudain un souvenir me revint en tête, Duesten m’avait expliqué qu’il y avait deux façons de récupérer sa mana : le repos et la nourriture. Un mort-vivant n’a pas vraiment besoin de se nourrir. Mourir de faim pour un mort serait ridicule mais la nourriture continuait cependant à jouer un rôle important. Quatre jours après ma résurrection, alors que je passais devant un champ de potirons, proche de l’entrée du Glas, l’envie d’y goûter me prit. Je n’avais pourtant aucune sensation de faim, mais ce jour-là, j’avais mangé pour deux. Depuis ce moment, je mangeais à chaque repas. Je ne ressentais pas le tiraillement de la faim ni les ballonnements d’un ventre repu mais je continuais à me nourrir. Il était difficile de faire disparaître plus d’une vingtaine d’années d’habitudes en quelques jours et cela m’avait plutôt bien profité. Plus j’emmagasinais de vivres, plus mon corps retrouvait un second souffle. Les aliments me redonnaient de l’énergie. Je ne savais comment expliquer cela mais mes mouvements étaient plus fluides, les craquements de mon cartilage à chacun de mes gestes se faisaient plus rare, mon corps était plus léger. Une nouvelle vie habitait mon corps, se servant de mes organes, mes veines, et même de mes os pour se propageait dans les moindres parties de mon être. Et grâce à cela, aujourd’hui, j'allais pouvoir récupérer un peu de force magique.

 

- Allons ! Assez cogité, mettons-nous au travail. 

 

Après une vingtaine de minutes passaient à incanter divers sorts de soins, à reprendre des forces à l’aide de quelques petits pains et de deux trois gorgées d’eau tiède, je me remis en route pour trouver la sortie, ainsi que l’amant maudit.

 

-  Je dois être à une dizaine de mètres de la surface. Ne pouvant pas remonter par là, il ne me reste plus qu’à choisir une direction.

 

Deux choix s’offraient à moi, dans un pur hasard, je décidai de prendre le chemin de droite. Ayant au préalable, allumer la torche contenue dans mon sac j’arpentai la galerie pendant un long moment.

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Suite Chrysantheme  (Chrysanthème) posté le vendredi 01 décembre 2006 15:59

II/ L’apprentissage d’une nouvelle vie

 

D’après ce que je pus voir, Tirisfal était devenue une cour des horreurs, la mort en avait fait son terrain de jeu. Par la suite, je retournai au Glas, là j’y rencontrai Gordo, le fossoyeur. Avec tous ces morts revenus à la vie, son métier devait lui sembler dénué de sens. Enfin il gardait la crypte en attendant les nouveaux venus et il nous guidait dans notre nouvelle vie. Tout le monde passait par lui. Une nouvelle société s’était mise en place, « les réprouvés de dame Sylvanas ». D’après les dires de  Gordo, Sylvanas était une elfe morte pendant la dernière guerre surnommée la « Dame Noir », elle était à présent à la tête des pantins désarticulés que nous étions.

 

Après avoir passé quelques jours au Glas, je pus m’acclimater à ma nouvelle vie, ou plutôt à ma nouvelle non-vie, et ce, bien que la vue des autres me répugnait toujours autant.

La mort était venue me faucher un soir d’été. En une fraction de seconde, elle m’avait tout ravi. J’avais lu dans un des livres de la chapelle du Glas que la mort était la cessation définitive de la vie, en un sens, cette définition était on ne peut plus juste. Ma vie était finie, je n’avais plus rien, j’étais seule, je ne sentais plus les caresses de la brise matinale sur mon visage, le parfum des roses n’avait plus d’odeur, je ne pouvais plus étancher ma soif, les saveurs des aliments avaient un goût de cendres, la vie était devenue morne et sans consistance. Désormais je faisais partie intégrante de ce carnaval fantomatique et cauchemardesque.

 

Le Glas, c’était la nurserie des réprouvés, l’endroit où tout début. Ce bourg se situait à l’ouest des ruines de l’ancien château de Lordaeron et était entouré par les montagnes. Seul un étroit passage barricadé donnait accès aux prairies de Tirisfal. On en faisait vite le tour, il y avait une crypte, un cimetière, pas plus de dix maisons et une ancienne forge en ruine. A vrai dire, seulement deux habitations pouvaient encore servir, sans compter la chapelle. Les alentours de la ville étaient, quant à eux, dangereux pour toute personne non-aguerrie. Je me demandai même comment lors de mon escapade il ne m’était rien arrivé. Tous les soirs, des vagues de morts-vivants, qui n’avaient pas eu la chance de reprendre leur esprit et qui restaient à la botte du fléau, attaquaient, sans relâche, les fortifications en bois qui entourait une partie de la ville où nous avions élu domicile. Les assauts étaient maîtrisés par les gardes noirs de Sylvanas avec une facilité déconcertante. Après les attaques, qui  ne duraient guère longtemps, un conseil se réunissait dans la chapelle. Ce dernier était dirigé par le prêtre des ombres, Sarvis. On trouvait à ses cotés tous les instructeurs du Glas : Maximillion le démoniste, à vrai dire le plus effrayant d’entre eux, toujours accompagné de son horrible diablotin et de son assistante aussi louche que lui, la mage Isabella, vraiment stricte envers ses élèves et elle-même, la femme à ne jamais contredire si on tenait à la vie, le voleur David Trias, je ne savais pas grand-chose sur lui, seulement que parler n’était pas son fort ; Dannal Steen le maître des guerriers, un homme tout en muscles, la plus fine lame du Glas ; et enfin Duesten le prêtre de la paroisse, et mon instructeur. Ils présentaient leurs nouvelles recrues fraîchement déterrées.

 

Le jour d’avant, Gordo m’avait expliqué que les humains avaient rebâti une capitale au sud du continent et que, si je voulais m’y rendre aujourd’hui ce serait du suicide. Le voyage n’était pas sans danger, je devais devenir plus forte et un des maîtres de la chapelle pouvait m’aider. Je choisis ma voie sur un coup de tête. Jusqu'à présent, personne ne s’était soucié de qui j’étais. Gordo m’appelait la « petite dame », les autres c'était « Hé vous ! », ou encore « Hé toi ! ». Mais le prêtre Duesten fut le premier à me demander mon nom. Ironie du sort je ne m’en souvenais plus. Ce matin là, nous discutions dans le cimetière, paniquée de ne pas savoir qui j’étais, je jetai un bref regard autour de moi confuse, et à la vue de cette fleur, je répliquai:

      
 "Chrysanthème !!! Heu…c’est mon nom…enfin…oui c’est Chry…san…thème…"

 

Duesten pouffa de rire. Puis en voyant que je ne plaisantais pas, il reprit.

 

- Très bien Chrysanthème, enchanté de vous connaître. Avez-vous réfléchi à votre contribution envers la Dame Noir ?

 

-   Contribution ?

 

-   Oui, les temps sont durs. La menace du fléau pèse toujours. En plus de cela notre alliance avec la Horde ne tient qu’à un fil, sans compter la reconstruction du royaume et les terres disputées avec l’Alliance. Nous devons tous y mettre du notre pour que notre nouvelle patrie ne disparaisse pas.

 

- …

 

-   Je me propose de vous enseigner la voie de la lumière. En devenant une prêtresse, soigner les autres sera votre mission première, mais on vous aussi enseignera l’art de vous défendre par les sorts et le maniement des armes. Bien sûr, une autre voie que la lumière vous sera disponible, mais restons en là pour aujourd’hui. Si le cœur vous en dit et si vous vous sentez à la hauteur, rejoignez-moi ici demain à la tombée de la nuit.

 

Duesten n’avait pas attendu que je lui rende ma réponse, il avait tourné les talons partant en direction de la chapelle. Son discours avait atteint son but, le lendemain, j’allais revenir ici avant la réunion quotidienne de la paroisse.

 

 

Le soleil disparaissait derrière les montagnes surplombant la ville à l’horizon. Une lumière rouge vermillon teintait alors tout le bourg, le rendant plus chaleureux. A ce moment, je me trouvais devant la tombe d’Elizabeth Rain, attendant le prêtre Duesten. Miss Rain, une pauvre femme morte avant la troisième guerre. Elle était riche et la forge du Glas appartenait à sa famille. D’après mon grand ami Gordo, elle était morte assassinée par son époux, qui l’empoisonna un soir d’automne. L’homme hérita de la forge et de la fortune de sa femme. Du moins, jusqu’à ce qu’un brillant enquêteur découvre la supercherie et le fasse pendre. Il y a des histoires bien plus tragiques que les notres ou du moins tout aussi tragique, des histoires ou les mots "tromperie", "meurtre", et "argent" cohabitent dans une folle danse qui n’a, pour seul but, la perte de l’un au profit de l’autre. Cette femme en était l’exemple le plus frappant. Je me rappelai d’une dispute avec mon mari, ce jour-là, nos mots avaient dépassé nos pensées. Blessée, j’avais quitté la maison en pleurs croyant que ma vie était finie. Quand j’y pensai cela n’en valait pas la peine. On croit toujours que le mal qui nous arrive et bien pire que les précédents et que les prochains. Pourtant ceux qui suivent effacent ceux d’avant et prennent la place du pire. Nous sommes tous pareils face à de tels événements, impuissants, mais nos façons de les appréhender diffèrent. La peine se transforme alors pour beaucoup en haine, et pour d’autres en désespoir, certains arrivent à y trouver une lueur d’espoir. En tout cas, le temps fait le reste. Enfin espérons le…

Ce qui m’attristait le plus, c’est que depuis mon arrivée ici, mes souvenirs se perdaient. Les visages de mes enfants et de mon mari s’estompaient peu à peu. Leur odeur, leur façon de me regarder, et surtout le mot « maman » dans leur bouche finissaient par disparaître. Tous ces détails qui avaient fait de moi la femme la plus heureuse du monde me quittaient sans que je ne puisse les retenir et cela m’attristait.

 

Duesten venait de pénétrer dans le cimetière, alors que je repensais nostalgique à mon ancienne vie. Puis il m’interpella :

 

- Madame Rain…Son mari lui réservait un bien triste sort. Enfin elle réside en paix…

 

- Ho…vous m’avez surprise.

 

- Pardonnez-moi, je n’avais nullement l’intention de vous faire peur.

 

- Ce n’est rien…

 

La voix de sieur Duesten était douce comme ce coucher de soleil. Il était si prévenant et attentionné.

 

- Alors avez-vous pris une décision quant à votre avenir ?. Reprit-il.

 

- Oui, j’y ai réfléchi toute la journée. Je ne suis pas sûre d’être à la hauteur de vos attentes, mais je veux devenir plus forte. Enfin... je veux bien essayer.

 

- essayer… En répétant ce mot, Duesten esquissait un sourire qui me fit froid dans le dos.

 

- D’accord je vais voir si vous avez le potentiel requis. Cette semaine nous nous concentrerons sur votre maîtrise de la mana et mon apprenti, Elias, vous formera aux combats au bâton. Pour ce soir, ce sera tout. Demain soyez prête, lorsque les premiers rayons de soleil seront perceptibles, nous entamerons votre apprentissage. Sur ce, bonne nuit.

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La mort me fait défaut.  (Chrysanthème) posté le mardi 14 novembre 2006 12:24

I le reveil

Aujourd’hui, je n’ai vraiment pas envie d’aller à Brill. Disons que je n’ai pas le choix. Dans tout les cas, espérons que ça se passera mieux que la fois dernière.

 

« La dernière fois », en y repensant, pour moi c’était il y a un mois, tout au plus, mais en réalité cela fait déjà bien plus de deux ans que je n’y suis pas retournée.

A l’époque, j’avais vingt six ans et j’habitais dans la plus belle des petites maisons se trouvant non loin des moulins de la famille d’Agamand, l’une des familles les plus riches de Lordaeron, et pas très loin de la ville. Nous y vivions heureux dans notre petite maison.

 

Tous les samedis, je me rendais au marché de Brill. Je passais devant la ferme des Bring, une jolie petite demeure qui abritait une famille de huit personnes. L’aîné des frères, Gérald Armand Bring était le plus bel homme de tout Azeroth et le plus charmant aussi. Vous me direz que je n'étais pas très objective, puisque ce dernier n’était autre que mon tendre époux, et ce durant huit ans.

Il était fabuleux, un prince charmant sortant tout droit des contes de fées. Il travaillait au château de Lordaeron en tant que paladin de la main d’argent. J’étais une mère et une épouse épanouie. Mes deux enfants me comblaient de bonheur. Silius l’aîné, voulait déjà suivre les traces de son père. Quant à Elisa, c’était mon portrait craché, elle était intrépide, téméraire, un vrai garçon manqué. Elle aussi avait choisi sa voix. « Je veux devenir prêtresse » m’avait-elle clamé un soir.

 

Comme je le disais, tous les samedis, je me rendais au marché et en passant devant la maison de mes beaux-parents, je me remémorais les innombrables souvenirs de ma jeunesse.

Une jeunesse idyllique qui ferait pâlir les plus beaux récits. Ce jour-là, mes enfants se trouvaient chez leurs amis dans une des demeures les plus prestigieuses de Lordaeron. Mon mari, quant à lui, était en mission depuis deux jours. Récemment, des attaques avaient été perpétrées aux abords du royaume et il avait été envoyé en tant qu’éclaireur. On n’en savait pas plus, les hautes instances avaient jugé bon de ne pas nous en toucher un mot. 

Enfin, (soupir) malgré le fait que tout me disait de rentrer chez moi, je finis par arriver au marché. Tôt le matin, une cargaison de maïs était arrivée. D’habitude, le samedi, je préparais du ragoût et de la tarte au potiron. Mais je me suis dit pourquoi pas changer, va pour le maïs, les enfants seraient contents ce soir.

 

Une fois, rentrée à la maison, j’avais commencé par nettoyer les maïs, puis je les avais fait bouillir dans une marmite. Pendant la cuisson, j’avais préparé comme à mon habitude, la tarte du samedi. J’avais compté les maïs par deux fois, et je m'étais aperçue que, comme une idiote, j’en avais pris un peu trop. L’odeur emplissait la maisonnée, l’envie d’y goûter avant le retour des enfants me traversa l’esprit. Moi qui les grondais lorsqu’ils mangeaient entre les repas. Mais bon, j’étais loin d’être une petite fille et un écart ne pouvait pas me faire de mal. Je me rappelai avant de mordre dans un des épis, m’être dit en mon for intérieur : «  quelle gourmande tu fais, un de ces jours tout cela te perdra, ma fille ». J’étais loin de m’imaginer à quel point je pouvais avoir raison.

Je venais de finir la tarte lorsque je fus prise de malaises. "Sûrement la chaleur" m'étais-je dit.

1       "Allons nous reposer un peu avant le retour des enfants."

Lorsque je m'étais réveillée, le soleil commençait à disparaître derrière la colline. J’étais encore plus mal qu’avant, des maux d’estomac avaient fait leur apparition, et j’avais des hauts-le-cœur. Puis une hypothèse me vint à l’esprit.

-    Et si j’étais enceinte!?

Alors qu’un large sourire emplissait mon regard, une douleur atroce m’extirpa de mon doux rêve pour me ramenait à la réalité glacée et fracassante du sol de la cuisine. Une fois à terre, je plongeai dans le plus noir des songes. Dans ma folle et dernière nuit de sommeil, je fis un cauchemar des plus horribles. Mon mari voulait me tuer, il brandissait une épée dans ma direction en criant des horreurs à mon égard.

 

Après mon horrible cauchemar, je m'étais réveillée dans ce qui aurait dû être ma dernière demeure. Un caveau familial, voilà où j’atterris. Déboussolée, je regardai tout autour de moi. Bien que la pièce fut sombre, je pus apercevoir les centaines de cadavres qui jonchaient le sol écarlate. Toute la pièce, du sol au plafond était recouverte de sang qui avait coagulé depuis bien des années. Les toiles d’araignées, les insectes grouillants qui parcouraient les corps tuméfiés, les rats et autres bestioles rendaient le spectacle encore plus macabre et insoutenable.

Je ne m'étais pas rendue compte de mon état, je n’avais même pas prêté attention au fait que je ne sentais pas l’odeur de putréfaction des locataires de la demeure. Je courus le plus vite possible en direction de la sortie qui se trouvait à l’étage supérieur. Je courus à m’en faire exploser les poumons, et je criai si fort que les murs en frémirent. Arrivée à l’air libre, je continuai ma folle course s’en faire gaffe aux gens qui m’entouraient. Je coupai à travers bois jusqu’à chez moi, en priant que tout cela ne soit qu’un rêve. Mais on ne répondit pas à ma requête. Enfin la réponse ne fut pas celle que j’attendais.

 

Ma maison, qui se trouvait alors devant moi, n’était plus qu’un amas de planches qui tenaient debout on ne sait par quel miracle. Les mauvaises herbes avaient presque pris possession de tout l’habitat. Comment, en un soir, tout ceci avait-il pu se passer ?. Le sol craquait à chacun de mes pas. Malgré la poussière, les plantes, les débris et certains meubles cassés, tout était comme avant. Rien n’avait changé. Des années avaient passé sans que je ne m’en rappelais. Combien de temps avait-t-il pu s’écouler ?. Je ne comprenais toujours pas dans quelle situation je me trouvais. Mon premier réflexe fut de me diriger vers la chambre des enfants. Je montai les escaliers m’entraînant dans le couloir qui conduisait à leur chambre. C’était comme dans un rêve. Le vent qui s’infiltrait à travers les différentes brèches de la cloison faisait virevolter les feuilles qui avaient dû s’infiltrer par la vitre brisée du fond. Les volets claquaient, les verres des fenêtres en morceaux craquaient sous mes pas de plus en plus pressant. Je ne sus pas pourquoi, sûrement une habitude, mais je ne pus, à mi-chemin entre l’escalier et la chambre, m’empêcher de regarder dans le miroir accroché au mur. Et à travers ce dernier, je vis la réalité de la situation. Devant moi se trouvait un corps violacé, sans vie, décharné de toutes parts, portant des guenilles en lambeaux, qui, un jour avait fait de moi la plus ravissante des êtres. Mon visage était aussi blanc que la neige de Dun Morogh. Des poches noir pétrole dessinées le contour bas de mes yeux. Ses derniers, quant à eux, semblaient avoir perdu tout leur éclat. Des lèvres violettes desséchées, des tuméfactions sur toute la peau, des cheveux de paille couleur pourpre rendaient ce visage encore plus cadavérique. Je n’étais plus que l’ombre de moi-même. Ce sentiment de gaieté que j'avais en me regardant dans ce même miroir, il y a quelques temps, avait laissé place à un profond désespoir. Je compris que cette inconnue affublait d’un masque mortuaire n’était autre que moi. A ce moment là, l’accumulation de malheurs me fit tomber dans les pommes.

 

A mon réveil, le miroir était parti en miettes dans les escaliers. Je repris alors ma route vers la chambre. Les affaires des enfants y étaient toujours.

- Pourquoi ? Me dis-je à mi-ton. J’aurais préféré l’inverse. Je fouillai toute la maison à la recherche d’une trace d’eux, d’un indice me prouvant qu’ils étaient toujours en vie. Arrivée dans le salon, je trouvai un squelette. Celui d’un homme portant une armure sur laquelle avait été posée l’emblème de Lordaeron. Pas très loin du corps était posée une épée comme celle de mon mari. Au début, je ne voulus même pas faire le rapprochement. Mais lorsque je trouvai entre deux planches de bois du sol, le médaillon de mon époux, le choc fut terrible. Ce dernier ne pouvait se trouver ici puisse qu’il le portait lors de son départ pour sa mission. A ce moment-là, le rêve que j’avais fait cette fameuse nuit me sembla bien plus réel et plus inquiétant. J’étais certaine de l’avoir tué... le monstre que mon mari injuriait n’était autre que moi. Le conte de fée avait viré au cauchemar. Plus j’en apprenais sur cette nuit et plus les ténèbres m’envahissaient. Des images fusaient dans ma tête qui était prête à exploser. Prise d’angoisse, je m’enfuis hors de la maison. J’errai plusieurs semaines dans les clairières de Tirisfal.

 

Puis un matin, je retournai chez moi. Je pris quelques affaires, une photo de famille et mon journal intime. J’avais du mal à me rappeler de certains évènements de ma vie. Ces brides de souvenirs fuyaient, chaque jour, de plus en plus ma mémoire. Je recommencai à écrire mes journées dans mon journal pour ne plus rien oublier. Puis je me mis à la recherche de mes enfants, j’avais peu d’espoir de les retrouver, surtout en vie, et encore moins mon mari, mais c’était la dernière chose qui me restait. Ils étaient sûrement là quelque part.

 

Ps: Dans ce récit il y a des noms de lieux, et de personnes qui font références au jeu Warcraft, car à la base ce texte devait servir de Background pour un personnage de jeu de rôle. Mais l'histoire m'a plu et j'ai continué à l'écrire. Donc pour toutes les personnes qui ne connaissent pas l'univers de Warcraft j'étofferai ma composition pour ne pas vous perdre en chemin. J'éditerai un chapitre par semaine. Merci la fée pour les fautes!!!

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